Conjuger le présent

   C'est une vision pénétrante que l'intensité de l'instant nous amène à déployer. En ralentissant le pas nous prenons le temps de contempler avec clarté l'ensemble des conditions et des réactions alchimiques des matières-pensées. Puisque nous chevauchons les forces terrestres et célestes à la fois en accueillant l'instant avec plus d'authenticité de l'apprécier, il est plus simple de prendre le recul nécessaire à chaque situations, nous ne dépendons plus d'un flot submergeant mais trouvons les ressources à chaque instant d'y répondre avec justesse. 

 

   Nous constatons d'ailleurs que toutes les ressources, outils et matériaux sont déjà à disposition et qu'il n'est plus qu'à poser l'action dans cette fluide sérénité. Bien sûr, il est préférable donc de préparer chaque journée selon ce que nous souhaitons inscrire dans les temps lors des premières pensées du matin. Nous pouvons dès le réveil préparer les conditions comme un peintre prépare son espace de travail. Tous les jours nous sommes appelés à exercer un travail de préparation, que ce soit pour se nourrir, pour se placer en conditions lors d'une démarche administrative ou pour prendre soin de nos enfants, nous nous organisons en disposant les outils dans les espaces prévus à ces effets. Et bien pour ce qui est de la réalisation et de l'accomplissement intérieur il y a déjà les effets à dispositions pour toutes et tous. Pour se réapproprier les outils il nous faut les chercher et apprendre à les utiliser pour une oeuvre bien particulière. Voyez-vous dans la vie de tous les jours un maçon inviter sa femme au restaurant avec une bétonnière ? Pour ce qui est des éléments à disposition pour la réalisation spirituelle est du même ordre. Un prêtre ne se promène pas au supermarché avec du pain et du vin dans la poche !

 

   Les ressources sont à chaque instant, la matière nous permet de réaliser une infinité de nuances de créations, mais dès lors que nous voyons que nous sommes disposés à chaque instant que de ce que nous sommes prêt à donner et à recevoir alors nous écartons les maillages de la matière. Parfois ce que l'on cherche est là juste sous nos yeux avant même que nous ayons l'idée de le chercher, nous faisons des efforts par réactions en chaîne, alors qu'avec plus de clarté nous nous serions éviter de tourner en rond et de courir dans tous les sens. Il y a ainsi une préparation pour cette clarté particulière et c'est la vision pénétrante de l'instant. Si c'est la peur qui ronge un être, alors celle-ci obscurcis son champ de vision, pour que la peur ne nous ronge pas, il est question d'affirmer dès l'émergence de la Conscience au réveil la joie et la sérénité. Nous prodiguons au mental ainsi des couleurs vives qui vont se déployer jusqu'à la fin de la journée. Ce lever de soleil vient irradier toutes les gammes de nos vies. 

 

   Nous pouvons préparer ce festin joyeux en organisant sans efforts tous les mets qui viendront permettre à d'autres de s'en nourrir. Nous sommes une communauté, si nous préparons des aliments en considérant le banquet pour tous, davantage nous accueillerons de convives qui viendront se rassasier. Il y a suffisamment pour toutes et tous si nous nous le permettons. Il est alors important de rester léger d'esprit dès le matin et de contempler la présence, ainsi nous nous relions avec intensité à tous les potentiels de la journée. 

 

   C'est de cette non-gourmandise qu'il est question et je vous le dis, nous apprécions bien mieux la moindre des possibilités. Le corps humain reste en meilleure santé de corps et d'esprit dès lors que nous apprécions ce que la vie nous permet, c'est le pouvoir secret de la gratitude qui attire autant de gratitude en fleurissant. Davantage la gratitude nous gagne, davantage elle s'accomplit dans la Conscience de la communauté, nous nous nourrissons par la gratitude dès lors que nous partageons le pain. Cela crée dans le corps une chimie très particulière. En préparant de la nourriture pour autrui, n'avez-vous pas goûté, avec une meilleure intensité de l'instant, la gratitude de servir, comme un travail déjà mené à son terme ? Vous venez d'offrir votre gratitude et qui révèle celle en autrui. C'est cela le vrai pardon, cette part à donner et notre rôle à chacun de participer à ce flux naturel. 

 

   Croire que nous sommes des êtres individuels qui devons nous contenter de la famille en comprenant les animaux domestiqués serait une vérité absolue si tous sur cette terre subvenaient aux besoins de sa famille, mais ce doux rêve n'est pas réalité. Il y a dans le flux du partage une magie secrète. C'est le flux de la vie. Cette circulation c'est une source reliée qui existe. Être en partage c'est être au service et être au service c'est ne pas limiter la circulation du flux. Quand nous respirons, l'arbre ne se dit pas " hého tu as trop respiré et tu t'en es mal servi, redonne-moi en plus ! " et pourtant nous continuons de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

 

   Si nous étions des animaux domestiqués par nous-même, il serait flagrant de voir quel sort nous nous réserverions, si tuer faisait vraiment partis de notre état à tous nous serions tous en train de nous dévorer. Le cerveau humain fait que nous sommes aussi dotés de la Conscience, nous savons préparer une infinité d’œuvres, nous pouvons choyer un chien comme le tuer et vice versa. Qu'est-ce qui alors nous empêche de choisir ce qui sert l'ensemble pour tous ? Notre amour d'être humain est sans limites si nous le lui permettons. La seule limite est celle que nous nous imposons par manque de présent et par attache à l'état individuel. Les miettes du pain peuvent être données aux oiseaux, nous pouvons redonner les épluchures aux vers, nous pouvons préparer une assiette supplémentaire aux nécessiteux en bas de l'immeuble. Dans le concret, seul le masque de la société nous l'en empêche et la peur. Voici donc les seuls véritables obstacles à notre humanité dans la communauté que nous sommes. L'apparence. C'est d'organisation dont nous avons alors besoin pour y préparer les conditions, l'humain est un être qui tend à mieux s'organiser dès lors que les outils générés ne prennent pas la place de son humanité car alors il s'ampute de ce qui l'a fait naître et le fait vivre en restreignant le flux de la vie pour ne se contenter que de l'apparence humaine. 

 

   On ne prend pas assez mesure du fait que la santé individuelle passe par la santé de la communauté et ceci ne peut se contenter que des plaisirs mais de la joie. Les joies des plaisirs laissent un goût éphémère et amer alors que le service est ce qui construis et fait se réaliser un être humain dans n'importe quel domaine choisi. Nous sommes à chaque fois au service et serviteur. Dès lors que servons-nous et de quoi sommes-nous servis ? Observer alors ce qui est nourris quand nous sommes servis et vous comprendrez en un éclair ce que vous servez aux autres. La joie, la gratitude ou l'individu personnel ? Et lorsque vous êtes au service, quand vous préparez un dessert à votre maman et quand vous réalisez une tâche pour celui qui vous paye, comment et quoi préparez-vous comme conditions ?

 

   C'est de ce décalage que vous serez servis et la plupart du temps nous ne nous en rendons même pas compte. Ce flux que l'on donne d'une main est ce que nous recevons de l'autre. Dès lors que nous débutons la journée avec la Conscience élargie de la bienveillance pour tous nous serons dépositaires de cette circulation tôt ou tard. Nous avons été coupés de cette compréhension naturelle dès le plus jeune âge en n'étant considérés que comme le fils d'un tel ou le frère à. Nous avons étés comparés et avons acceptés de porter tous ces masques à la fois par peur de déplaire ou de faire mal pour les uns et les autres. A certains instants les mensonges imposés nous sont devenus insupportables est avons retiré ces œillères pour juste se sentir bien et libre de toutes attentes extérieures qu'importe le jugement. C'est comme retirer la robe de fille en tant qu'homme que nous avons laissé d'autres nous revêtir mais le jeu n'est plus drôle et le malaise est trop fort.

 

   Si nous comprenons cela, nous pouvons nous amuser quand d'autres essaient de nous ré-habiller ! Nous sommes responsables si nous prenons une bombe que l'on nous tend et cela se désamorce si nous savons dire non avec bienveillance. Le tout est de reconnaître la nuance entre nos projections et celles des autres, ainsi une vision pénétrante déshabille les artifices d'autrui à mesure que nous retirons nos propres attaches. C'est cela le couple originel d'Adam et Ève, c'est ce fruit tendu qui vient d'autrui, Ève c'est l'inspiration, alors de quoi nous inspirons-nous ? Car ce don provient du fruit de la génération et de la régénération qui peut à la fois nous guérir et nous empoisonner. Alors sélectionnez bien les mets que vous préparez et considérez le "superflu" comme peut-être nécessaire à autrui et ne prenez que ce dont vous avez besoin pour la juste circulation.

 

   Être ainsi au service d'autrui en étant attentif aux besoins de chacun est ce qui permet l'abondance naturelle que nous pouvons incarner en communauté. En agissant ainsi nous ne donnons pas que des objets mais permettons à notre prochain de recevoir ce dont nous avons besoin, c'est de bienveillance et d'attention par la seule présence. Si nous portons le nom d'humain c'est que les œuvres de notre état naturel se conjuguent par les mains. Dès lors nous avons tous un objectif commun dès le premier souffle qui est celui d'aimer et d'être aimé dans son plus simple appareil, bien en-delà des plaisirs occultant l'interdépendance dont nous sommes tous reliés et au-delà des formes que la vie revêt dans sa nature-naturante. Puisse ainsi chaque réveil être porteur de la bienveillance désintéressée et du bien-être pour tous sans distinctions.

 

   Nous sommes à chaque instants conjugués par le verbe de la vie, une partition d'harmonie semble nous guider et nous renouveller. La collaboration de chacune des notes sont coordonnées dans tous les rythmes du jour et de la nuit. L'évidence de notre poésie nous la renouvelle quand nous jouons à notre tour comme des enfants amusés par la curiosité de cette richesse. Nous gardons tous l'âme d'enfant, espiègle et prête à prendre chaque opportunités comme une occasion de nous unir dans la joie. Voyez combien sont précieux ces fulgurants instants où seul prime l'éclat de rire partagé, nous sommes attirés par le rire de la dérision, nous saurions, si nous le souhaitions, rire même de ce qui est dramatique sans pour autant en amenuiser les situations parfois tragiques. Nous sommes avant tout fait d'un argile rendu vivant par le vent de l'esprit et il est humain que d'accepter notre état éphémère aussi et de sa fragilité. 

 

   Ô combien ainsi la vie est précieuse, c'est d'une profonde gratitude que nous pouvons reconnaître que les souffrances parfois partagées sont l'expression de notre nature ainsi fragile avec ce qui est ou qui nous semble éternel. Lorsque j'observe par respect l'état absolu de la vie, je ne peux être qu'émerveillé du cycle de la mort, je n'ai finalement peur que de ne pas avoir su rendre ce parfum particulier de l'éternel car à mes yeux c'est ce qui nous rend divin. Prendre soin de ce regard éternel c'est peut-être espérer n'en jamais avoir été séparé. Cet espoir tragique et ce qui révèle la grandeur du regard éternel porté sur lui-même. Le peu de temps imparti qu'il nous est possible de vivre m'appelle à ne vouloir voir que l'essentiel de ce que nous sommes même ce qui est dérangeant. J'ose à croire à la beauté car elle est révélée et révélation pour tous et c'est surtout de son principe originel universel qui est aux yeux de mon cœur primordial. On se rends compte que nous n'observons que très peu la grâce de cette beauté éternelle, qui pourtant allège nos esprits et nos âmes ! C'est peut-être cela rendre la vue aux aveugles par la Parole. Cette capacité à toucher en soi non pas l'éblouissement des formes mais l'extase d'être vraiment ici dans ce maintenant. Peut-être que nous sommes aveugles de la beauté en chacun en primauté car nous ne cherchons qu'à expliquer l'extase plutôt que d'observer que nous en sommes sa venue. C'est peut-être cela aussi le divin en Soi. L'extase éternelle pour les siècles des siècles dans un silence d'éternité.

 

   Nous sommes les gardiens des richesses divines qui nous sont portés par nos ancêtres et que nous partageons jusqu'aux descendances. En bref, nous ne sommes que de fragiles fleurs embaumant les couleurs des espaces d'où nous nous déployons et un champ de fleurs est plus parfumé lorsque chacune d'elles se déploient. L'espace sacré dans l'intimité est une grâce offerte à ce cycle naturel d'éternité. J'aime à appréhender ce mystère par l'écriture, par la courbe des lettres et des mots s'inscrivant sur une page blanche car je sais que ce dialogue ne sera éternel que dans les espaces de l'Esprit. Nous savons que notre parole n'est pas la seule à y avoir observée cette grandeur et que nous n'en serons jamais le point final. Je trouve cela romantique sans jamais ne pouvoir soupçonner d'où provient cette grandeur, je tiens ainsi à le rendre à ce qui est à mes yeux d'êtres humains grandiose et beau, l'espace des étoiles. 

 

   L'éternité de l'univers est une magie incroyable.

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